"René, de la route à la piste..." Episodes 4, 5 et 6 !!!
Vous avez aimé le début ? On continue... ??? Accrochez-vous car René va p'têt bien commencer à tourner la poignée...
Episode 4 : Faut persévérer, René...
150 : voilà le nombre de kilomètres inscrits au compteur de la nouvelle moto de René... C'est peu, effectivement, mais suffisant pour se faire une première idée du truc...
Nous avions laissé notre Respectable (c'est un terme généralement employé par la new génération, car ils sont polis et bien élevés...) dans le confort douillet de son fauteuil près du feu, charentaises aux pieds : il s'y trouve encore et s'interroge.
Il est vrai que not'René n'est plus de première jeunesse : la soixantaine lui va bien mais les premiers stigmates du basculement dans l'autre monde commencent à frapper à la porte...
Pourtant, au fond de lui, il est resté tel qu'il était du temps où il chevauchait de fringantes anglaises qu'on mettait en route en kickant du pied gauche (si, si, les jeunes, c'est vrai...). Ces vénérables machines ne freinaient pas, ou si peu qu'il fallait toujours faire gaffe avant d'aborder une courbe, laquelle faisait se tordre la machine dont le cadre ne serait même plus digne d'un cyclo actuellement, et glisser joyeusement grâce à l'adhérence des pneus d'alors. Fallait être un sacré équilibriste pour garder les 2 roues sur le bitume. De même que de bonnes connaissances étaient nécessaires pour ne pas rester en rade sur le bord d'une route en attente d'un hypothétique dépannage. Seulement voilà, les performances étaient limitées, ce qui demandait simplement au pilote un don d'improvisation...
Avec les années, le progrès aidant, elles sont devenues de plus en plus performantes, plus faciles aussi. Mais, car il y a un mais, avec le niveau de performance grandissant, paradoxalement la facilité est allée de pair avec une exigence accrue des capacités du pilote : faut reconnaître que maîtriser 150 bourrins piaffants, même avec une partie cycle tip‑top, est autrement plus exigeant qu'en maîtriser 50 avec un châssis qui avoue ses limites rapidement. C'est sûr que tant qu'on taquine gentiment la poignée droite, la bête se plie de bonne grâce, mais après, c'est une autre histoire : faut être lucide et admettre ce qui est réellement...
Lucide, au fond de lui René l'est vraiment mais refuse de l'admettre. Soyons honnête : à son âge, disons... mûr, René devrait avoir une femme, des enfants et petits enfants autour de lui mais, point de tout ça, c'est un célibataire endurci pour qui le mariage est le commencement de la fin, une institution qu'il a toujours fui comme la peste. De même, dans sa condition on roule en GT ou gros custom (j'ai rien contre, une moto pour moi étant une moto, du moment qu'elle possède 2 roues, un moteur et un guidon), René non : au prix d'une illusoire cure de jouvence, il préfère souffrir plutôt que d'abdiquer car telle est sa définition du motard et de la vie en général.
Il reconnaît quand même que sa dernière acquisition, si elle le remet aux standards actuels, est une machine demandant des capacités qu'il a toujours refusé de faire évoluer pour bien affirmer ses convictions qui, comme lui, commencent à sentir la naphtaline...
Il repense aux 150 bornes parcourus au guidon de sa new machine et un truc le turlupine : comment fait on pour déhancher ?, car il a bien pigé, et admis, que ces motos actuelles ne virent pas au guidon mais avec la partie basse du corps et c'est sans doute pour ça qu'il a eu tant mal aux poignets pour ses premiers tours de roues !
Fort de cette certitude, et comme il n'a plus le choix désormais, il sait qu'il va devoir s'adapter. Et comme c'est un optimiste qui ne doute pas de ses capacités, l'obstacle sera vite surmonté et l'autre là, l' p'tit jeune qu'a encore des couches culottes, y rira moins quand René le Grand redeviendra celui qui faisait trembler ses congénères 30 ans plus tôt (l'avantage avec les années, c'est qu'on se construit son propre passé au fur et à mesure que la mémoire des autres s'estompe...).
René, remis de sa courte sortie, se lève péniblement du fauteuil qui fait tout pour le retenir, et descend au sous‑sol admirer sa moto, le bouquin d'utilisation en main.
Bon sang, c'qu'elle est belle !, s'extasie celui qui, une bonne semaine auparavant, dénigrait ces « espèces de trucs tout en plastique » : ne dit‑on pas que seuls les imbéciles ne changent pas d'avis ?...
Voyons, voyons, par où commencer ? : Ha oui, le tableau de bord... Il ouvre le manuel au chapitre « réglage de l'heure et remise à zéro des totaliseurs journaliers » Pour ce dernier, c'est facile pense t'il, en se rappelant le gars à la station service : il est noté qu'il faut appuyer pendant 2 secondes sur le bouton A, presser le bouton C pendant 4 secondes et régler avec le bouton B. C'est enfantin dis moi donc, se dit il en s'exécutant (car il a remarqué que la montre retarde de 30 secondes...). Il s'exécute et... ça ne marche pas !!!
Pas possible !, se dit René, j'ai pourtant fait c'qui est écrit là‑d'dans !!! Il reste ainsi, perplexe, cherchant à comprendre, pendant de longues minutes puis, eurêka !, l'explication : il fallait aussi mettre le contact...
Il en fut ainsi du reste du tour du proprio mais, par respect pour ce bon René qui pourrait être mon père, je tairai les phases successives de la découverte de sa moto...
Une heure après, il remonta à l'étage, satisfait de lui et un peu rassuré de constater que le principal était préservé, c'est à dire que sa nouvelle monture possédait toujours 2 roues et un moteur, et quel moteur !, un 6 cylindres à injection, et en V s'il vous plait !.., lequel crachait, au bas mot, près de 200 canassons en version libre.
Heuuu, pour le débridage, on verra après le rodage et... l'adaptation : pas fou quand même le René !
Pour le reste, finalement, c'est pas si compliqué que ça à utiliser. Tiens, v'la qui s'met à régler sa montre à quartz sans la notice maintenant...
Décidément, cette moto semble faire un curieux effet sur René et, à ce train là, p'têt qu'il va nous surprendre demain, sur la route...
Car René a décidé d'une longue balade en bord de mer en empruntant de la viroleuse qui va bien, histoire de roder la bête et, accessoirement, de s'essayer à la technique du déhanché : on va voir c'qu'on va voir !..
-Episode 5 : C'est toujours pas gagné...
Il fait un temps splendide ce matin !, constate René en ouvrant ses volets avec une satisfaction certaine : « Au moins, dit‑il en s'adressant à l'effigie d'Ago qui pose fièrement, le casque en main, sur un poster épinglé à un coin de la chambre, la pis.., heuu, pardon !, j'voulais dire la route, elle va être parfaite, sans trace d'humidité : exactement c'qui m'faut pour finir de roder les pneus et m'entraîner à un type de pilotage qui nous est inconnu, mon pôvre Giacomo... . Enfin, toi, tu sais c'que j'vaux et ce dont j'suis capable ! »
Boosté par ses belles paroles, René s'en va siffloter sous sa douche un air un peu désuet, déjeune un solide café au lait‑pain‑camembert (ouais je sais, c'est un peu lourd le matin..., mais allez donc dire ça à René !).
La veille, il s'était passé une K7 du dernier GP prêtée par un ami : vous dire qu'il a pas tremblé aux prises d'angles invraisemblables des héros d'aujourd'hui (des gamins !..) serait exagéré, mais il a pris le temps de décortiquer les différentes phases composant l'ensemble d'un passage en courbe, en étudiant, à l'aide de moult arrêts sur image, chaque positionnement et mouvement du corps du pilote sur la machine. A la fin, il avait admis que ça ne semblait finalement pas si compliqué à reproduire et retranscrire sur la route : suffit simplement d'être un bon observateur, l'instinct et l'expérience s'occuperont du reste...
En descendant au sous‑sol, son regard se posa sur la superbe combinaison de cuir, aux couleurs de la moto, qu'il était allé chercher au magasin : le vendeur avait fini par le persuader que c'était un accessoire indispensable quand on possède une telle machine et que, vu la classe du proprio, il était impensable qu'il en soit autrement et que, vu que c'était pour lui, il lui laissait à prix coûtant, ce qui fait au moins ‑ 20% par rapport à Monsieur Toulmonde qui sera obligé de payer plein pot pour avoir la même !
Bon, voilà venu le temps de l'enfiler, cette tenue de « pilote », et not' bon René entreprend toute une gestuelle imitant à merveille la technique d'approche de séduction d'un macaque atteint de la maladie de Parkinson pour introduire sa solide carcasse dans le cuir raide de neuf !
Quelques minutes plus tard, après quelques minutes à suer en poussant de nombreux grognements dont la signification demeure inconnue, René, au bord de l'épuisement, peut enfin remonter la fermeture éclair, terme de son calvaire..., enfin non : engoncé comme il est, il peut à peine bouger !!!
Se souvenant de la K7 visionnée la veille, il avait bien remarqué qu'un petit jeune en bleu, sur une moto portant le numéro 46 (un débutant dans la catégorie, certainement...), s'agenouillait près de sa machine pour détendre la peau du cuir, pas bête ! Au fait, c'est ce même petit jeune qui avait gagné la course : fortiche le gamin, f'ra certainement une carrière si il continue comme ça, avait commenté un René quelque peu bluffé...
Donc, il appliqua la même méthode et, en forçant un pneu, constata qu'il était maintenant capable de se pencher pour mettre ses bottes (faudra qu'il pense à s'en prendre une paire assortie à la couleur du cuir...). De plus, se contemplant à la glace installée près du lavabo, à côté de la table d'outillage, il constata avec une certaine satisfaction que son « petit problème « de relâchement abdominal s'était estompé !
Kontact ! : dziiiiiizzzzz, dziiiiiizzzzz ! fait le système d'injection pendant que l'ordinateur de bord effectue sa check‑list. Un coup de pouce sur le bouton rouge situé au commodo droit et le démarreur à impulsion lance le 6 en V immédiatement dans un feulement discret mais bien présent. René enfile son casque et ses gants, sort la « Bête » et grimpe, non sans quelques difficultés (saloperie de cuir !, ha, c'qui faut pas faire aujourd'hui...), sur la fringante machine qui semble n'attendre que son assentiment pour s'élancer à l'assaut de la route. D'un geste décidé, René débraye, passe la une et décolle gentiment car les pneus sont encore raides de neuf, comme le reste de la machine et l'attitude de son pilote vis à vis de cette dernière...
Pendant que la moto chauffe, René tente de trouver une position lui convenant, gêné qu'il est par sa combinaison : au fur et à mesure, il constate qu'en fait, rien ne sert de forcer et que le mieux est de s'adapter à ce qu'impose le cuir qui, visiblement, est conçu pour proposer une certaine position. Voilà déjà un point positif, pense t'il, j'ai ainsi trouvé le bon positionnement sans trop tâtonner : un point de marqué !
La moto est maintenant chaude, les pneus doivent avoir en partie éliminé la paraffine : on peut y aller !!! Une petite rotation de la poignée droite aux alentours des 6000 tours maxi du rodage propulse immédiatement le V6 à une vitesse inavouable : au moins, roder dans ces conditions ne sera pas un chemin de croix ! Le progrès à du bon, se dit René en se penchant un peu vers la bulle, les bras près du corps et les pointes de pieds en appui sur les reposes pattes, comme à la télé.
Une courbe se présente au loin : enfin... on va savoir !.. Un petit léchage de garniture sur les galettes avant ralentit immédiatement le bolide en pleine accélération mais René décide de lâcher les freins rapidement pour garder une certaine vitesse de passage en courbe. A l'approche du point de corde, il sort les fesses, le genou visant l'endroit où il va balancer la bécane et, d'un appui prononcé sur le repose‑pied, jette la moto ans la courbe...
Immédiatement cette dernière plonge à la corde avec une vivacité tellement déconcertante que René constate qu'elle file droit vers la partie herbeuse en survirant exagérément !!! Merd.., merd.., merd..!!!, panique notre apprenti pilote qui tente de redresser la situation en appuyant sur l'autre repose‑pied en se remettant sur la selle, ce qui a pour effet d'envoyer la moto de l'autre côté du virage, vers l'autre partie herbeuse (heureusement, aucune voiture ne se présente en face...). René est obligé de prendre les freins en priant que la moto s'arrête : ce qu'elle fait... la roue avant à dix centimètres de l'herbe...
Le cœur cognant comme le mono d'une BSA d'antan, René décide de s'arrêter quelques instants, histoire de décompresser un poil et d'analyser la situation : Sainte gamelle n'est pas passée loin...
Première impression : Oups !, c'est sensible ce truc..., et faut dire aussi que jamais il aurait pu passer aussi vite dans la courbe avec l'ancienne... Bon, va falloir y aller prudemment mais déjà, il a remarqué un autre point positif : en prenant les freins elle ne se redresse pas mais faut faire gaffe car elle décélère aussi vite qu'elle accélère, cette meule !
Il reprend la route, un peu inquiet, car cette vache de bécane semble tout faire plus vite que lui. Pour en avoir le cœur net, René tente de reprendre son style antérieur, ce qui lui permet deux constatations : 1 , le cuir n'aime pas du tout et 2 , la moto refuse de virer ! « Ben, y'a pu qu'à déhancher, mais doucement, hein ? : heureusement, y'a personne pour voir ça... », songe le pilote en devenir.
Et c'est, à l'allure d'un Respectable, que René apprend à singer les « clowns » dont il se moquait gentiment, les mêmes qui avaient fini par le faire changer de bécane, car force est de reconnaître qu'il n'était plus vraiment dans le coup... Seulement, cette foutue moto, elle réagit trop vite pour lui..., de même que ce sacré moulbif qui le pousse au fion comme une hémorroïde !!! A basse vitesse, ça va encore mais dès qu'il tourne un poil la poignée, tout se complique et la bécane n'en fait qu'à sa tête : un coup trop à droite, un coup trop à gauche..., vite!, les freins !, merd.. !, redresse René !!!!!!!!!!, AYE !, AYE !, AYE ! , j'va manger grave !!!..., ouuuuuuuuuuuuf !!!!, c'est passé !
Dix fois, vingt fois le même scénario se présente, et vingt fois René manque de se mettre par terre... Il sue de tout son corps et commence à avoir des crampes aux mains et aux avants bras, ce qui fait qu'au bout d'une heure à ce rythme, il décide de calmer le jeu et de reprendre la vitesse de croisière du Respectable en vadrouille. « Au moins, se dit‑il, je suis resté sur mes roues ! »
René décide d'écourter sa sortie, car tout ça l'a épuisé et il n'a plus envie de rouler.
Sur le chemin du retour, il songe que le vendeur lui avait vaguement parlé de stages de pilotage organisés par le constructeur : un peu vexé mais lucide, il décide que va falloir qu'il étudie ça de près !
Rentrant chez lui, il ouvre la porte du sous‑sol, rentre la bécane, déplie la béquille et... quesquispasssssssss ?????????????? : Cette dernière, insuffisamment dépliée, se replie aussitôt tandis que René tente vainement de retenir les 250 kilos attirés par l'attraction terrestre !..
Il n'a que le temps de retirer sa jambe et la moto se couche au sol !!!
Haaaaaaan !!, fait‑il pour la redresser... et constater que le rétro gauche, avec son magnifique cligno intégré, pendouille lamentablement comme son appareil génital, l'autre jour, alors que le plus dur avait été fait avec Josette, la fleuriste du coin (mais chuuuuut ! : ça, j'ai pas le droit de le dire..., vous le gardez pour vous bien sûr ! ...) !
Hé oui, Sainte Gamelle, sans aucun doute exaspérée par son don de récupération en situation cata, avait décidé d'avoir le dernier mot...
René, furibard, enlève rageusement son cuir et, après une douche froide, décide de regarder un bon vieux western sur le câble pour se changer les idées : demain sera un autre jour...
Episode 6 : Un stage de pilotage, t'es sûr... ?
Au chapitre précédent, nous avions laissé notre Vénérable, furibard, digérer sa défaite...
Mais point de réussite sans travail : seule la persévérance paye ! Comme on dit : c'est en forgeant qu'on devient forgeron et c'est en sciant que Léonard... de Vinci !
L'erreur de René, il en est conscient, c'est d'avoir surestimé ses acquis (ne lui jetons pas la pierre, avec l'âge, on est tous comme ça, sauf moi bien entendu...).
Voilà ce qu'il a médité toute la nuit suivante et, au petit matin, il a enfourché sa belle légèrement égratignée pour filer chez le marchand de tapis rechercher un rétro (heureusement, la moto n'a que ça !).
Un peu honteux, il pousse la porte du bouclard et tombe nez à nez avec le Valentini, lequel lui lance un « B'jour M'sieur ! » avec un air un peu malicieux... René ne réagit même pas, grognant un simple « S'lut !, tu vas bien ? », en baissant la tête (voilà qui ressemble fort au syndrome Rossi dont souffre notre bon Biaggi, trouvez pas ?).
La queue entre les pattes, il se rend au magasin pour commander un rétro de KAWASUKI V6 au magasinier qui le regarde, l'air faussement dépité pour son propriétaire : « Vous avez chuté ? », lui demande t'il. « Heuuuuuu, non !, répond René, c'est un p'tit c.. qui a fait tomber ma moto en la regardant de trop près... ». La voix s'est faite hésitante et il a un peu baissé les yeux en disant ça : c'est que René n'est pas menteur dans l'âme, mais va t'en dire, quand tu possèdes un tel vécu, que tu t'es vautré lamentablement en la béquillant !
« Ben M'sieur, vous l'aurez demain : je l'ai pas en stock, car en principe, on en change pas tous les jours avec ce type de machine. C'est pas de chance pour vous, elle est toute neuve... » Y's'fout d'ma tronche le nain hydrocéphale ou quoi ?, songe René en ruminant intérieurement, j'ai l'impression qu'il a pigé... Il fait un énorme effort sur lui‑même pour se reprendre (pas donner l'avantage à l'ennemi surtout), et répond : « Ouais, les jeunes n'ont plus aucun respect de nos jours... »
En disant ça, il se tourne pour jeter un coup d'œil vers Valentini, lequel est affairé auprès d'un client. « Bon ! A demain donc... au fait ?...Ca coûte combien ??? » « Beeen..., ça fait tant ! » « QOAAAAAAA ? !!!!!!!, à ce point là ?????? !!!!!!!!!!! »
« Ben ouais ! : c'est un haut de gamme et y'a un clignotant intégré... » « D'toute façon, j'ai pas l'choix !, bon, à d'main... » « A d'main M'sieur ! », répond l'employé en passant aussitôt à autre chose.
Au moment de sortir du bouclard, René aperçoit le perroquet en cravtouze qui lui a vendu sa meule, lequel vient vers lui avec un large sourire : « Mooonsieur Gédeufoitrentans !!, cooomment allez‑vous ?, et la moto, ça roule ???? » « Ouais !, au poil !!!, répond René, c'est vraiment la machine qu'y m'fallait. J'étais v'nu commander un rétro rapport à un p'tit c.. qu'a fait tomber la brêle en l'approchant d'un peu trop près !!! » « Pas de chance, enfin..., vous en êtes content, c'est le principal ! » « Pendant que j'te tiens : tu m'avais parlé de stages de pilotage... . Ho ! , c'est pas qu'j'en ai vraiment besoin mais j'ai envie de me faire plaisir avec ma moto, dès qu'elle sera rodée. Au fait, j'pense en avoir terminé dans un jour ou deux, j'peux t'l'amener dans la s'maine si y'a d'la place pour la révision des mille ? »
Le vendeur va consulter l'atelier et revient en disant : « Oui, après demain 09h00, c'est possible... » René songe soudain qu'il doit d'abord récupérer le rétro, le monter et rouler les 700 kms restants en une seule journée : ça fait beaucoup pour un seul homme qui n'a plus vingt ans... « Heuuu, le jour d'après me conviendrait mieux... » Un rapide coup de bigo : « Ok, ça marche ! ».
Comme René semble hésitant à le quitter, le vendeur se souvient : « Ah oui, les stages ! : venez avec moi, on va voir ça ! »
Le binôme s'installe à un bureau et le cravaté commence, en tendant un dépliant à son client : « Comme vous le savez, l'importateur organise des stages pour ses clients privilégiés sur le circuit du Mans, dans la Sarthe. Les tarifs sont bien entendu préférentiels pour quelqu'un comme vous qui venez d'acheter le fer de lance du constructeur. Le stage dure trois jours, l'hébergement est compris et le moniteur n'est autre que Christian Sarron ! Il y en a un dans quinze jours et je dispose encore de deux places disponibles, faut faire vite ! »
« Ok ! , vendu ! : ce n'est pas que j'ai réellement besoin de ça car, à mon âge, on commence à avoir fait le tour de la question mais j'ai envie de voir c'qu'elle a réellement dans l'ventre, ce qui, sur route, n'est pas possible... », répond René qui, bien malgré lui, n'a pu s'empêcher cette petite phrase...
Il songe soudain qu'il ne sera pas seul à ce stage : pourvu que personne ne le connaisse car il s'est bien rendu compte que dompter les 200 CV de sa bête n'était peut‑être pas aussi facile qu'il l'avait imaginé au début... Et va falloir déhancher...
René quitte alors le bouclard en se demandant dans quelle galère il s'était encore laissé entraîner mais, pour se faire une raison, il se dit que, toute façon, faut qu'il en passe par là s'il veut être capable de dominer sa bécane.
En attendant, de retour chez lui, pour se vider la tête, René décide de sortir son matos de pêche pour aller taquiner le goujon à l'étang du coin (autre habitude sacrée de tout Respectable digne de ce nom).
A SUIVRE...






























