Dakar 2010 : Interview : Olivier Pain, 9ème final, nous parle de sa course et de ses espoirs pour l'avenir

Par David Jouguet - le Vendredi 29 janvier 2010 | réagir ?


Si les quelques pilotes véritablement professionels sont rentrés d'Argentine et vaquent à leurs occupations, promotion, médias, les autres ont repris le boulot, c'est le cas d'Olivier Pain, 9ème de ce Dakar après pas mal de péripéties.

Deux bonnes chutes, c'est deux de trop, un bras oscillant cassé, sans quoi, Olivier a sa place parmi ceux de devant qui n'ont pas eu d'ennui.

Cette année, il ne fallait pas avoir plusieurs fois des problèmes, les pilotes de tête n'ont pas laissé la chance de se refaire.
Un très beau résultat pour Olivier malgré tout.

Olivier, tu m’avais dit en décembre avant de partir, que ton objectif était de finir dans les dix, tu termines 9ème, quel est ton bilan personnel ?

Dans l’ensemble, c’est le minimum que je devais faire, je suis satisfait quand même.
Vu ce qu’il m’est arrivé, je commence par tomber le deuxième jour, 20 kms après le départ, dans une courbe, la moto a décroché de l’arrière et raccroché brutalement, peut-être sur un cailloux, j’ai été éjecté.
Tout le devant était cassé, j’ai passé plus de trois quarts d’heure à réparer avec du scotch. Plus de dérouleur de road-book, il fallait que je déroule à la main, le guidon était tordu, il faut se remettre en selle. J’ai réussi à remonter sur un paquet de pilotes pour limiter la casse, mais je me retrouve assez loin au classement.

Tu t’en sors sans te blesser, le lendemain, c’est la fameuse 3ème étape.

Là, çà a été, la 4ème aussi, mais ça doit être dans la 5ème, j’étais bien parti, mais après le CP 1, j’ai fait une petite erreur de navigation, je me suis trompé de rio, et en voulant faire demi-tour, j’ai tordu mon disque avant, j’ai fait plus de 300 kms avec un frein avant « limite », il bougeait tout le temps, j’avais un peu peur que ça se bloque, l’étrier bougeait tellement, je ne savais pas trop comment cela allait réagir.
Psychologiquement, c’est pas évident de rouler comme çà.

Et après, tu chutes de nouveau dans la 6ème étape.

Oui en montant vers Iquique, devant, ils ont du se tromper, moi, çà allait bien, je n’avais pas roulé à coté de mes pompes depuis le début du rallye, et après le ravitaillement, je trouvais la moto lourde, j’étais moins bien, j’étais crispé sur la moto, et je me suis fait doubler par Coma, juste avant de quitter une piste de fesh fesh, je n’ai pas vu une bosse par la poussière qui était stagnante.
Je suis passé par devant et j’ai pris la moto sur le dos, et je suis tombé sur la tête, ça m’a sonné, j’avais la tête qui tournait, je n’ai pas pu repartir tout de suite.
J’ai attendu un peu, et puis je suis remonté sur la moto, je suis reparti tranquillement, le temps de reprendre mes esprits. Ma hanche me faisait mal, j’étais pas bien et c’était juste avant l’étape de 600 kms.

Deux bonnes gamelles avant cette longue étape, tu étais comment au départ ?

Le kiné a fait du bon boulot, la première partie s’est bien passée, j’étais avec Duclos et Faria, et après la neutralisation, j’étais crispé, le contre coup de mes deux chutes, j’étais pas bien, hors je pensais que sur cette piste, çà devait bien aller. On était en altitude, la moto marchait pas bien avec les carbus, les injections n’avaient pas de problème. En fin de spéciale, je trouvais que la moto allait moins bien, le moteur tournait moins rond, on a ouvert, et la bielle était prête à lâcher. C’est bizarre, on avait pas ce problème d’habitude, et elle n’avait que 3 jours de roulage. En principe, c’est plutôt les pistons qui chauffent, çà ,on connaît. J’ai réussi à arriver à la journée de repos.

La journée de repos a du te faire du bien physiquement après tes deux chutes.

Oui, là, j’ai pu me reposer correctement, j’étais quand même bien cassé, j’ai juste fait un petit footing d’une heure au bord de la mer pour pas trop se relâcher non plus.
Une première semaine difficile, mais pour moi plutôt due à mes chutes.

Tu étais déjà bien revenu au classement à cette journée de repos avec une 11ème place, mais il fallait encore remonter.

Il fallait bien gérer les dernières étapes du Chili, je me retrouve dans les dix, puis 8ème à 7 minutes de Street, hors que j’étais à une demie heure quelques jours plus tôt.
Je me voyais bien me battre pour la 7ème place, je savais que les deux dernières étapes étaient super rapides, il fallait prendre du temps. Street s’est mis à bien rouler sur la fin avec des pistes où les 690 étaient à leur aise.

Que t’arrives-t-il encore comme mésaventure à la 12ème étape où tu as bien failli tout perdre ?

J’avais bien assuré le coup avec une bonne vingtaine de minutes d’avance sur le Polonais qui était 9ème, il me suffisait de dérouler les deux derniers jours pour garder ma 8ème place.
C’est pendant l’étape qui avait une neutralisation de 130 kms, j’avais rejoint Pedrero et Przygonski dans la première partie, je savais que la seconde partie, ce serait un peu le Touquet, je pourrais attaquer par rapport à leurs grosses machines.
Mais au bout de 200 kms, avant de repartir, je fais le tour de ma moto pour voir si je n’ai pas de fuite ou autre et là, j’ai vu que mon bras oscillant était dessoudé d’un coté sur 3 faces sur 4. Là, je me suis dit, c’est fini, je roule jusqu’à la fin mais c’est terminé pour moi.
J’ai roulé les 130 kms de neutralisation doucement pour arriver limite pour le second départ. Là, c’était que des trous dans le sable où je suis bien d’habitude, mais là, j’ai été obligé de les laisser passer, c’est frustrant, je perds plus d’une demie-heure.
J’arrêtais souvent à vérifier que çà ne cassait pas plus et j’ai fini la spéciale tout doucement.
Et là, il restait 300 kms de liaison à faire avec cette peur que le bras ne casse, une journée usante psychologiquement. Et je perds ma 8ème place et me retrouve menacé par le 10ème.

Et les deux dernières étapes n’étaient pas à ton avantage, c’était du rapide.

Oui, là je me retrouve avec l’Espagnol, 10ème à moins d’une minute derrière moi, le Polonais devant, c’était fini, je pouvais plus revenir.
L’étape du lendemain, il y avait 50 kms de technique, après c’était à fond et la dernière, 200 kms à fond aussi. Là, çà a été un sprint, ne pas se louper dans les virages, rouler.
Donc, 140 à 160 tout le temps couché sur la moto, la dernière spéciale, je fais le 7ème temps derrière Despres, je suis content. Je termine 9ème, avec tous mes ennuis. Mes chutes, ça c’est moi, le bras oscillant, là, je ne le contrôle pas, je suis le 2ème « amateur » puisque devant, il n’y a que Duclos qui travaille comme moi. Moi, je suis classé en élite parce que j’ai fait des résultats, mais l’Espagnol Pedrero, il est classé amateur et il touche 10 000 euros. Moi dans la réalité, je suis autant amateur que lui.

Quel est ton avenir proche et as-tu des projets pour financer ta saison ?

Je n’ai pas encore eu de retombées, c’est trop tôt encore, mais là, je fais le Touquet, çà va être mon 8ème, l’an dernier, j’ai fait 24ème, c’est mon meilleur résultat, je veux prendre du plaisir sur la moto.
Ensuite, j’ai une épreuve du championnat de France d’enduro près de chez moi, à Champagne Mouton, fin mars.
Je vais préparer le prochain Dakar en cherchant un guidon. De plus, c’est difficile de justifier autant de temps à la passion quand çà ne rapporte rien, parce que c’est le cas.
Dans un premier temps, je vais essayer de voir Yamaha directement, pour connaître leurs directives, si ils veulent s’investir dans le Dakar ou pas, si c’est oui, est-ce que je ferai partie de l’aventure, mais si fin février-début mars, je n’ai rien, si je n’ai rien de concret, je vais regarder à droite, à gauche, pour essayer de trouver une structure où, quitte à trouver un budget, j’ai quelque chose où j’ai juste à faire les essais, m’entraîner et me consacrer à ma famille.

Merci Olivier, bravo pour cette 9ème place, j’espère que tu vas trouver quelque chose de bien.




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